Toute petite, j’avais de grandes ambitions. Je rêvais de devenir espionne ou détective privée. Je regardais Les deux font la paire (Scrarecrow and Mrs King) et m’imaginais très bien, une fois adulte, vivre une double vie comme Mrs King (surtout si c’était pour pouvoir passer plein de temps avec Bruce Boxleitner et l’embrasser encore et encore).
Tous ces souvenirs de jeunesse à saveur policière ont poppé dans ma tête à Èze, l’an passé, quand j’ai eu dans mon champ de vision l’image que vous pouvez voir sur la photo de gauche.
En apercevant cet échiquier géant, juché sur le bord d’une falaise qui plonge dans la mer, j’ai tout de suite vu apparaitre Agatha Christie sur le banc. Elle était fidèlement entourée de Miss Marple et de Hercule Poirot. Chère Agatha.
J’ai joyeusement plongée dans ses nombreux romans (plus de 80) fin primaire/début secondaire. Je les ai dévorés en à peine plus d’un an, parfois à coup de trois par semaine. Seuls quelques livres d’adolescentes mettant en vedette de ténébreux jeunes hommes de Cape Cod ou Kay West se glissaient parfois entre deux Agatha.
Aujourd’hui, mon besoin d’intrigues policières a beau être plus souvent assouvi sur grand écran que par les romans, j’ai parfois «besoin» d’un bon suspense pour décrocher. Pas vous?
L’an passé à Èze, les yeux rivés sur l’échiquier et le regard perdu dans mes pensées, je me suis demandé «Comment ça se fait que le souvenir de tous ces romans policiers me fasse sourire et me donne soudainement envie d’en lire?», «Qu’est-ce qui nous attire tant dans ces polars?»
Ironiquement, quelques semaines plus tard, je suis tombée sur cet article du New Yorker dédié à Agatha Christie. Selon son auteur, Joan Accocela, le plaisir (coupable) qu’on retire à lire ces noires histoires aurait plus à voir avec le plaisir éprouvé en faisant des mots croisés que celui ressenti devant des chefs-d’oeuvre d’art ou de littérature. Je ne sais pas pour vous, mais moi je ne suis pas vraiment surprise.
J’ai aussi lu dans Psychology Today que selon certains chercheurs, ce qui nous charme dans les thrillers, c’est toute la notion d’«incertitude». On apprécie les films et les bouquins qui nous tiennent en haleine parce qu’on est animés par le désir de savoir comment ils se termineront. Et on sait que – règle générale – on connaitra le coupable en moins de 2 heures ou 346 pages.
Cela dit, l’auteure du papier se demande (avec raison): si on aime le suspense pour son incertitude, alors pourquoi on prend plaisir à revoir ou à relire deux, trois, voire quatre fois nos livres et nos films policiers préférés? Pire, on sent notre coeur battre la chamade aux mêmes passages à chaque fois, même si on SAIT ce qui s’en vient. Même si on connait la fin. Selon elle, notre empathie – cette capacité à voir et à ressentir le monde comme nos comparses le voient et le ressentent – pencherait dans la balance. Peut-être.
Mais alors, si j’aime m’amuser à résoudre des meurtres par empathie, pourquoi est-ce que je ressens une pointe de culpabilité chaque fois que je me laisse kidnapper par une intrigue d’Agatha Christie? J’ai joué les détectives en cherchant la réponse à cette question et – eurêka! – j’ai trouvé!
Je me sens coupable… par empathie. Pourquoi? Eh bien, parce qu’Agatha elle-même se sentait coupable en écrivant ses histoires de meurtres!
Question pousser mon empathie et/ou ma culpabilité une coche plus loin, je crois que je vais regarder Les petits meurtres d’Agatha Christie: Le flux et le reflux, ce mercredi à 20h! Vous?












