Slam Sauvage
De toutes les capsules présentées dans le cadre de “La vie en Slam”, je suis assez impressionnée par la prestation live, en plein Square Phillips de Queen Ka , à l’heure du lunch. Quel culot de réciter à haute voix, devant les passants à la fois surpris, indifférents, intéressés et dérangés, une ode au sac de plastique, debout sur une chaise.
“ Queen Ka est issue du milieu du théâtre. C’était naturel de la soumettre à cette forme de Slam, communément appelé “Slam sauvage”, me dit David Pieropan. “La spontanéité et le jeu sont plus naturels pour elle”, ajoute-t-il.
Julien m’explique pour sa part qu’ils ont réussi à couper les réactions du public au montage, pour ne se concentrer que sur sa parole. Mais ils ne y sont pas complètement arrivés: il me fait toutefois remarqué que nous pouvons apercevoir dans la capsule, la main d’un sans-abri qui lui brandit un sac et que celui-ci participait ardemment à la prestation.
David m’a fait remarquer que chacun des slammeurs présentés dans les capsules ont un style différent, et que ce style est en lien avec leur identité.
“Dirwimmer est une slammeuse scientifique. Sa poésie fait état de son métier qu’elle connaît, et des enjeux qui s’y rattachent. Lippé est musicien à la base : son Slam plus personnel et poétique donne de l’importance au choix et à la rythmique des mots. Oni, une une franco-ontarienne d’origine haïtienne, lutte pour la survie de la langue française dans une province majoritairement anglophone. Et Thouin, pour sa part, récite un Slam inspiré du conte, issus de notre folklore. Au Québec, nous mêlons facilement conte et humoue », termine David. À chacun son identité, à chacun son Slam!
“ Slammer la vidéo”
L’incursion de Queen Ka dans l’univers du Slam est un peu le fruit du hasard. “J’ai toujours écrit, dit-elle et j’étudiais en théâtre. Un jour, j’ai eu l’idée de mettre mes textes en scène, sous forme de monologue. J’avais alors demandé à un musicien d’accompagner mes mots d’une ambiance musicale”. C’était il y a trois ans et ce fut le premier spectacle de Queen Ka.
Entre ce premier spectacle et aujourd’hui, Queen Ka, a fait escale à Paris. “J’avais fait des recherches sur le spoken word et j’ai trouvé quelques bars et cafés parisiens qui organisaient des soirées de Slam. J’y ai d’abord assisté en tant que spectatrice, et j’ai ensuite participé à quelques soirées. Réciter des textes en public, là ou personne ne me connaît, n’avait rien de trop compromettant, et ça m’a permis d’apprivoiser le Slam et de me l’approprier. »
Au départ, ses textes étaient très intimistes et n’étaient pas nécessairement écrits pour être lus devant public. Mais le SLAM lui a permis de découvrir le « pouvoir de la parole ». Ses textes ont donc évolué et abordent davantage les questions sociales et politiques.
La participation de Queen Ka à “La vie en Slam” a aussi été déterminant pour sa carrière! “J’ai réalisé que le Slam était quelque chose qui passait très bien dans la forme vidéo, alors que je l’avais toujours envisagé dans le format spectacle seulement. De plus, avoir une vidéo de moi sur le Web m’a permis de réaliser la puissance de ce média pour rejoindre un plus vaste public.”
Lorsqu’elle a créé sa toute dernière pièce, Bang Bang Love, Queen Ka n’a donc pas hésité à utiliser la vidéo pour en faire la promotion. : “ Le Web est un outil tellement accessible, et la vidéo que nous avons produite et diffusée dans les médias sociaux pour faire la promotion de Bang Bang Love a certainement eu plus d’impact qu’une publicité dans un journal. La vidéo dure indéfiniment, à des coûts tellement moindres!”
Le Fonds TV5 pour la relève
Au départ, “La vie en Slam” devait prendre la forme d’un documentaire, dans sa forme traditionnelle. Julien Fréchette est documentariste à la base. “Le Doigt dans l’oeil” , un documentaire portant sur l’Île René-Levasseur, portion encore vierge de la forêt boréale, avait d’ailleurs été produit par David Piéropan, et s’était mérité le prix du public du festival de films de Portneuf sur l’environnement. “La recherche d’une meilleure justice sociale et son intérêt pour les enjeux de sociétés occupent une place fondamentale au coeur de ses films”, peut-on lire sur le site de Parole Citoyenne.
Pas étonnant qu’il se soit intéressé à documenter le Slam. Or, avec sa participation au Fonds TV5, il expérimente un nouveau format, destiné à un nouveau médium : “Au départ, je n’avais pas pensé à segmenter ce documentaire sur le Slam en différentes capsules. Ça m’a permis de conceptualiser mon approche en cinq différents portraits, plus concis.C’est un format accessible, et la force du Web, jumelée à la crédibilité de TV5, aide sûrement à faire connaître mon travail, et à me faire reconnaître.”
Pour David Pieropan, la participation au Fonds TV5 a eu pour avantage de rendre le projet éligible au crédit d’impôt, en plus de lui permettre de développer une relation d’affaires avec TV5. « Au départ, TV5 devait acheter le documentaire sur le Slam, mais nous s’avons pas eu assez de ressources pour le mener à terme. Le Fonds nous a permis de compléter la production de notre travail sur le Slam, dans le cadre d’un projet qui a pris une tout autre forme. Le fait que les capsules soient destinées au Web nous a demandé de repenser notre approche autrement, ce qui nous a ouvert de nouveaux horizons.Je pense déjà à soumettre un projet dans le cadre de la prochaine édition”, conclue David.













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Superbe!